La Chikara, késako ? (Partie 1)8 min de lecture

Chronique écrite par Dallas Pride le 7 juillet 2020, soit juste après la fermeture de la Chikara

FN Lutte n’est certainement pas le lieu le plus adéquate pour parler des raisons qui ont poussé la Chikara à fermer prématurément ses portes, néanmoins ceux qui me connaissent savent pertinemment que cette fédération comptait beaucoup pour moi et qu’elle donne sans aucun doute plusieurs indices sur la façon dont je conçois la lutte professionnelle. Ainsi, lorsque j’ai voulu écrire une chronique à ce sujet, j’ai eu beaucoup de mal à trouver par où commencer. Finalement je me suis dis que la vidéo ci-dessous, était certainement le meilleur moyen d’introduire le sujet, puisqu’il s’agit du petit clip d’ouverture du premier PPV de l’Histoire de la Chikara et que sa musique a été spécialement pour l’occasion par Stan Bush, que de nombreux jeunes des années 1980 connaissent sans doute pour être à l’auteur des chansons Never Surrender (du film Kickboxer avec JCVD) et The Touch (du film d’animation Transformers).


Donc la Chikara c’était quoi ? D’aucun diront que c’était une fédération au sein de laquelle des lutteurs médiocres avec des physiques d’endives faisaient les pitres devant une centaine de personnes, mais on le sait, ceux là son à côté de la plaque. Il s’agissait avant tout de la création de Mike Quackenbush et de ce fait elle représentait plusieurs facettes de sa personnalité. L’esprit geek, nostalgique et assurément comique, mais aussi le côté jusqu’au boutiste de ce génie de la lutte technique qui de ce que l’on sait n’hésitait pas à pousser ses employés à bout pour en tirer le meilleur allant même jusqu’à interdire les lutteurs à utiliser des moves ou des séquences déjà aperçues dans des combats précédents. Ce côté maniaque, couplé aux troubles obsessionnels compulsifs dont souffre le chairman depuis son plus jeune âge ont causé la perte de l’organisation, mais on est aussi en en droit de se demander si elle n’a pas permis à la Chikara, d’être pendant quelques temps une vraie fourmilière de talents.


Entraîneur en chef du Wrestle Factory, sorte de Performance Center à la sauce Chikara, pendant des années aux côtés de Chris Hero, puis Claudio Castagnoli (Cesaro), Sara Del Rey et plus dernièrement Hallowicked et Ophidian, Mike Quackenbush a vu éclore toute une myriade de lutteurs ultra-talentueux : Drew Gulak, Orange Cassidy, Silver Ant, Hania The Howling Huntress, Thomas Sharp, Jigsaw, Tim Donst, feu Danny Havoc Ophidian ou encore Lince Dorado, d’autres catcheurs et catcheuses ne sont pas directement issus de ce centre, mais ont pu grandir et se développer énormément grâce à lui comme par exemple Eddie Kingston, Dalton Castle, Archibald Peck, Chuck Taylor, Johnny Gargano et plus récemment le jeune Tony Deppen qui se fait de plus en plus présent sur la scène indépendante et notamment à la PWG.

La Chikara c’était aussi un style unique, notamment représenté par Ophidian qui a prit sa retraite récemment. Le Snake Style dont il était et sera sans doute le seul pratiquant, mêlait avec une élégance la Lucha Libre et la lutte technique faisant de lui un technicien hors pair et un voltigeur redoutable. On peut aussi parler du côté comique de l’organisation. Pourquoi ce côté WTF assumé ? La lutte c’est faux (désolée David Arquette) et aujourd’hui 90% de la population est au courant du fait qu’il ne s’agisse que d’une simulation de combat, de ce fait ils ont plutôt tendance à dénigrer cette pratique. De ce fait la Chikara assume pleinement son côté Entertainement et WTF… c’est là-bas que l’on a vu naître tout un tas de “Meme” catchesques qui sont rapidement devenus viraux sur YouTube comme la fameuse grenade de Chuck Taylor, les scènes de combats au ralentis ou encore les hypnoses dansantes de The Osirian Portal.


L’humour et le second degré sont deux points essentiels que les fans de la Chikara devaient avoir, ceci dit la création de Mike Quackenbush et Reckless Youth n’est pas entrée dans l’Histoire du catch indépendant que grâce à de chouettes moments de gaudrioles. Plusieurs concepts lui ont permis de s’installer dans le paysage luttesque américain. Ainsi pendant plus de huit ans, les Campeonatoes de Parejas (championnats par équipe) étaient des ceintures majeures ce qui a permis à plusieurs équipes de briller, je pense notamment au Bruderschaft des Kreuzes (Ares & Claudio Castagnoli), à The Osirian Portal (Amasis & Ophidian), aux Roughnecks (Brodie Lee & Grizzly Redwood), à la Colony (Fire Ant & Soldier Ant) aux 3.0 aka Ever-Rive (Scott Parker & Shane Matthews) pour ne citer qu’eux. Et puis il a bien sur le célèbre King of Trios qui a parfois proposé des affiches et des triplettes d’invités plus qu’à alléchantes. Ci-dessous une liste non exhaustive des groupes qui ont participé à ce tournoi :

  • British Strong Style (Pete Dunne & Trent Seven & Tyler Bate).
  • BULLET CLUB (AJ Styles, Matt Jackson & Nick Jackson).
  • Team #CWC (Cedric Alexander, Drew Gulak & Johnny Gargano).
  • Team WWF (123-Kid, Aldo Montoya & Tatanka).
  • The Extreme Trio (Jerry Lynn, Tommy Dreamer, Too Cold Scorpio).
  • Team Big Japan Pro Wrestling (Daisuke Sekimoto, Kankuro Hoshino & Yuji Okabayashi).
  • Team Uppercut (Bryan Danielson, Claudio Castagnoli & Dave Taylor).
  • Team DDT (Kota Ibushi, Kudo & Michael Nakazawa).
  • The Cold Front 2.0 (Al Snow, D Lo Brown & Glacier).
  • The Spirit Squad (Jonny, Kenny & Mikey).
  • Team Pump (Jordynne Grace, Petey Williams & Scott Steiner).
  • The Nexus (Fred Rosser, Michael Tarver & PJ Black).

Comme écrit plus haut dans cette liste je n’ai mis que des groupes invités et pas des trios habituels de la Chikara comme la BDK (Ares, Claudio Castagnoli et Tursas), la Colony (Fire Ant, Silver Ant & Soldier Ant) ou F.I.S.T (Chuck Taylor, Grand Akuma, Icarus puis Johnny Gargano) qui étaient des figures de proue de la fédération de Philadelphie. Le King of Trios dont la dernière édition a eu lieu l’année passée se déroulait sur trois jours, les deuxième et troisième journée étaient également l’occasion d’assister à un mini tournoi baptisé “Rey de Voladores” qui comme son nom l’indique assez grossièrement avait pour but de désigner le meilleur voltigeur de l’année… Huit high-flyers s’affrontaient dans deux Fatal Four Way Matches lors du deuxième show et les gagnants avaient donc la chance de participer à la finale le troisième jour. Parmis les gagnants on peut citer : Chuck Taylor, Kota Ibushi, El Generico, Mark Andrews, Aerostar… Bref que du beau monde !

Dans les concepts de la Chikara il est également important de citer la Young Lion Cup qui faisait s’affronter plusieurs catcheurs de moins de vingt-quatre ans et si les dernières éditions étaient maigres en Star Power on compte quand même quelques participants prestigieux comme : Adam Cole, Kyle O’Reilly, Ricochet, Lince Dorado, ACH, Akira Tozawa, Ruby Riott, Rich Swann… Evidemment on ne peut pas mettre la réussite de ces gars sur le seul fait d’avoir participé à ce tournoi, mais l’excellent combat mené par les deux membres de l’Undisputed Era ou encore les performances extraordinaires de Ricochet dès son plus jeune âge et avant que de grosses fédérations indy soient sur lui, ont permis de mettre en lumière leur immense talent.

De plus alors que l’on parle du système de “points” de la All Elite Wrestling, la Chikara en possédait également un, mais qui était sans aucun doute beaucoup plus simple que celui utilisé par l’AEW… en effet pour avoir une chance aux titres il fallait enchaîner trois victoires sans défaites ou remportant un Four Corner Elimination Match en éliminant soi-même au moins trois personnes. Cela vous donnait donc le droit à un match de championnat pour les Campeonatoes de Parejas ou pour le Chikara Grand Championship. Pourquoi ce modèle ne pourrait pas être repris par les Young Bucks qui ont été champions à la Chikara et connaissent bien ce système ?

Je m’excuse pour le côté anarchique de cette chronique et sans doute pour les fautes qui la composent haha… mais je voyais mal comment aborder cette fédération qui a tant impacté ma vision de ce sport spectacle. Dans une seconde partie je reviendrais longuement et d’une façon plus structurer sur les storylines et les gimmicks qui ont marqué l’histoire de la Chikara.

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