La Crash, le monstre enfanté par la AAA et CMLL13 min de lecture

Chronique écrite le 8 novembre 2017

Si vous regardez (encore) Impact Wrestling, la compagnie américaine ne cesse d’évoquer une méconnue fed mexicaine, la Crash, que peu de monde connait vraiment.

La compagnie de Tijuana est cependant destinée à perdurer et à atteindre les sommets avec une ambition folle: devenir la compagnie numéro 1 du Mexique.

Un début modeste marqué par la tragédie

Vous vous souvenez de l’Attitude Era avec les surpuissantes WWF et WCW qui récupéraient tous les meilleurs talents du pays, quitte à parfois garnir leurs rosters de lutteurs qu’ils n’utilisaient pas ? C’est un peu la situation que connait le Mexique depuis maintenant plus de 20 ans à une différence près: la ECW de l’Attitude Era version mexicaine n’est ici pas destinée à servir de faire-valoir et de garde-manger aux deux gros mais bien à les détrôner.

A son lancement en 2011, la Crash était cependant loin de cette ambition-là et ne semblait être qu’une compagnie régionale ordinaire. Elle avait certes une envie d’un peu briller par rapport à ses concurrentes locales, mais ses stars n’étaient qu’à l’échelon national avec les vétérans Hector Garza, Blue Demon Jr., El Ray de Jalisco Jr., Cien Caras Jr. ou El Hijo del Solitario. C’est bien, mais il s’agit là de vedettes qui tournent dans tout le pays. Passé le Main Event avec ces gars, ce n’était que des lutteurs basés à Tijuana (très proche de la frontière américaine et de la Californie).

La Crash n’est tellement pas vu comme une potentielle rivale que la AAA noue même un partenariat avec elle en 2013. Le résultat à cela est qu’en échange d’un pourcentage sur le tarif des bookings, la AAA laisse le droit à la compagnie de Tijuana d’utiliser ses vedettes tels que La Parka, Texano Jr., Cibernetico ou encore Perro Aguayo Jr. Cette entente est d’ailleurs grandement avantageuse pour la AAA, elle peut ainsi garantir à ses lutteurs un contrat au sein de la fed plus des bookings Indy. La grosse compagnie peut également donner de l’expérience à ses jeunes lutteurs en devenir, comme par exemple Pentagon Jr., Fenix, Drago ou Psycho Clown.

En 2014, la Crash devient même officieusement une filiale de la AAA. A chaque show, la compagnie utilise de la moitié aux deux-tiers de lutteurs de la grosse compagnie. Le titre Cruiserweight de la grande sœur y est même défendu. Il faut savoir que c’est une attitude habituelle de la AAA. Elle a ainsi trois-quatre compagnies « privilégiées » à qui elle prête en très grand nombre ses lutteurs pour les shows Indy de la petite sœur. La Crash en faisait alors partie. A signaler que la CMLL fonctionne également sur ce modèle

Fort de ses shows qui ont de la gueule avec ses lutteurs de la AAA, la Crash commence même à s’ouvrir sur l’Indy US, ce qui est rarissime au Mexique. Du fait de la frontière, la compagnie ne va pas chercher bien loin, en Californie. Dès 2013 Willie Mack débute pour la Crash et y devient même un régulier. Nous étions alors dans une période creuse pour le lutteur. La PWG ne le bookait plus et il n’avait pas encore débuté à la Lucha Underground.

Fort de cette réussite de Mack, la Crash vise cette fois-ci un cran plus haut. Toujours un californien, mais cette fois-ci un lutteur que l’on voit régulièrement à la TV à Impact Wrestling: Manik (aka TJP ou TJ Perkins). Celui-ci fait ainsi ses débuts le 20 mars 2015 en Main Event et en équipe avec la légende Perro Aguyo Jr. face à Superstar Rey Mysterio. Et cette soirée, Manik risque de ne jamais l’oublier. C’est en effet lors de ce match que Rey Mysterio tuera accidentellement Perro Aguyao Jr. sur un Dropkick pourtant des plus basiques. En termes d’image, c’était dévastateur. La Crash restera à jamais la compagnie où la star Aguayo Jr. est décédée dans le ring avec en plus l’implication de l’enfant chéri du pays Rey Mysterio. Il n’était à ce moment-là pas sûr que la promotion puisse se relever de cette tragédie.

Pourtant la compagnie continuera comme si de rien et tiendra son show suivant six semaines plus tard, soit le délai habituel entre deux événements. Bien aidé par un cachet avantageux, les lutteurs Indy US comme John Morrison, ACH, Matt Cross, Famous B ou Teddy Hart continuent à affluer. Même Alberto el Patron débute peu de temps après l’horrible accident.

Esta noche pasó lo mismo que en 1996. La empresas no cambian @PentagonJunior @ReyFenixMx @Daga_wrestler #garza pic.twitter.com/xWqRDgevqk— Konnan (@Konnan5150) January 22, 2017

Daga, Pentagon Jr., Garza Jr., Konnan et Fenix après que le trois premiers aient quitté la AAA pour la Crash

Une stratégie de croissance efficace

Voyant que la petite promotion commence à prendre un peu trop d’importance sur le circuit Indy Mex, la AAA décide alors de rompre tous les ponts avec elle en 2016. Cette période résulte également avec le moment où Konnan, ex-grand manitou de la AAA poussé vers la sortie, rebondit du côté de la Crash. Là-bas, il sera en charge du booking et de faire venir des lutteurs de renom.

Peut-être en guise de pied de nez à la AAA, la Crash fait même venir pour son show de septembre 2016 plusieurs lutteurs stars de la CMLL tels que Dragon Lee, Barbaro Cavernario et surtout La Mascara et Rush qui eux deviendront des réguliers par la suite dû à différentes raisons.

Malgré la défection de la AAA, la Crash entre cependant dans son âge d’or en exploitant trois axes forts. Le premier est de récupérer tous les lutteurs ayant quitté la AAA en mauvais termes. La compagnie proposait alors une alternative incroyable pour ces lutteurs, principalement ceux ayant vu leur popularité exploser grâce à la Lucha Underground, de continuer à évoluer avec un employeur fixe au Mexique. Normalement la CMLL aurait dû jouer ce rôle, mais sa situation financière et le fait que la compagnie ait décidé de dorénavant former sans aller chercher ailleurs (hors Caristico) laissait la voix libre à la Crash. Et ici on ne parle pas de petits noms. La nouvelle promotion de Konnan parvient alors à récupérer comme régulier Pentagon Jr., Fenix, Jack Evans, Daga, Garza Jr., Sexy Star et même Rey Mysterio. La Crash a donc de quoi assurer son Main Event en lutteurs locaux.

Le second axe de la compagnie provient d’une volonté de faire de la Crash l’équivalente mexicaine de la PWG. Tous les gros noms du circuit Indy US sont donc conviés et ne se privent pas de venir, appâtés par une bonne paie. La Crash a ainsi vu défiler des noms tels les Young Bucks, Cody Rhodes, Ricochet, Jeff Cobb, Brian Cage, Shane Strickland, ACH, Katsuhiko Nakajima ou encore Sami Callihan. Pour les stars mexicaines précédemment citées, cela n’est ainsi que du bonheur. Ils ont une place de Main Eventers, une bonne paie et on leur fournit les meilleurs adversaires au monde. Du coup pas de raison pour eux de définitivement quitter le Mexique pour le circuit Indy US.

Enfin le dernier axe exploité par la Crash provient de son partenariat avec Impact Wrestling. Cela lui assure ainsi une présence TV américaine à moindre coup. On se souviendra par exemple que lorsque les frères Hardys avaient démarré leur Expedition of Gold dans le but de remporter toutes les ceintures par équipes du monde, Brother Nero et Jeff Hardy étaient alors passé par le Mexique et étaient devenus champions par équipe de la Crash. Malgré le départ des deux frangins à la WWE, ils sont d’ailleurs toujours officiellement champions. Autre avantage pour la Crash, l’accès à de nouveaux lutteurs leur permettant d’augmenter ainsi le star power de sa carte à moindre frais, Impact Wrestling profitant ainsi de ces déplacements pour filmer du contenu pour son show TV.

Si la Crash a beaucoup mangé sur les malheurs de la AAA et tous les lutteurs qu’elle n’a pas su retenir, la CMLL a également fait deux beaux cadeaux à la promotion, bien malgré elle cependant. Au mois de mai, gros bordel au sein de la plus ancienne compagnie au monde. Pour des raisons de politique interne, la famille Alvarado détruit la voiture d’Ultimo Guerrero, Main Eventer de la CMLL. Sans que l’on ne sache toujours pas de qui cela venait, la scène a été filmée et a inévitablement fait grand bruit au Mexique, obligeant alors la compagnie à réagir. C’est d’ailleurs ce qu’elle fera en licenciement deux de ses main Eventers, La Mascara et Maximo, que l’on voyait très bien sur les images même s’ils n’étaient pas les plus virulents. Pour l’anecdote on y voyait également Psycho Clown, frère de Maximo et lutteur de la AAA, qui lui n’a pu être inquiété vu que non salarié de la CMLL. La Crash ne fera cependant aucun cas de conscience et récupérera les deux stars.

La cohabitation avec la CMLL et AAA

Cette montée en puissance n’est pas forcément vu d’un bon œil et au-delà même du Mexique. La ROH et la NJPW, partenaires privilégiés de la CMLL, demandent ainsi à leurs lutteurs de ne pas accepter les bookings de la Crash rivale de leur fed amie. Cela serait d’ailleurs à cause de cela que l’on n’aurait toujours pas vu Kazuchika Okada au sein de la compagnie de Tijuana. Les lutteurs ont cependant fait savoir qu’ils étaient totalement opposés à cette décision qui les privait alors d’une grosse paie. D’autant plus que la CMLL ne leur proposait pas de bookings à ce moment, même si la compagnie mexicaine tend à un peu plus s’ouvrir dorénavant.

Finalement gain de cause sera donné aux lutteurs qui verront cette interdiction être levée, même si les vannes ne sont pas ouvertes pour autant. La CMLL elle-même semble avoir abdiqué à faire entrave à la Crash. C’est ainsi avec une surprise énorme qu’il fut annoncé que Pierroth et surtout Rush, deux stars de la CMLL, ont été autorisés à lutter pour la Crash à compter du mois d’octobre. Si un accord financier probablement juteux a été trouvé, cela semble être un coup de maître de Konnan. Avec Pierroth et Rush, la Crash réuni l’ex-clan fort de la CMLL des Ingobernables avec La Mascara.

Si la Crash a mis la CMLL dans sa poche et alors qu’elle pensait être à l’abri de la AAA, cette dernière est venue contre-carrer ses plans. Alors que les deux compagnies sont en froid extreme, Impact Wrestling surprend tout son monde en annonçant un partenariat avec la AAA alors qu’elle en avait déjà un avec la Crash. Alors que l’on s’attendait à ce que la situation parte au clash, les lutteurs de la AAA et de la Crash n’étant pas autorisés à s’affronter-, cette décision de Jeff Jarrett semble avoir été entérinée et acceptée par tout le monde et ne plus poser de problème. Konnan est dans sa storyline avec les LAX alors que les lutteurs de la AAA envahissent Impact Wrestling un peu plus loin. Même le départ de Jarrett ne semble pas avoir relancé les dés.

Si la Crash est sur une bonne voix pour s’incruster entre la AAA et la CMLL, voire les dépasser, il lui manque cependant un élément important: un deal TV. Depuis plusieurs mois, Konnan multiplie les annonces et indique rencontrer plusieurs chaînes postulantes. Rien de concret cependant n’a jamais été annoncé. Arriver à la TV ne serait cependant pas un élément essentiel sur le plan financier. La Lucha Libre est déjà bien représentée à la TV avec la AAA, CMLL et parfois d’autres shows sur les chaînes régionales, mais cela permettrait cependant à la Crash de gagner en exposition et d’enfin pouvoir montrer les images de ses shows chargés en star power que personne n’a pu réellement voir jusque-là.

Même sans cela, la Crash continue à avancer et vient ainsi d’annoncer une grosse tournée nationale pour la première quinzaine de novembre avec quasiment un show par jour. Les stars sont-là bien sûr que ce soit Rey Mysterio, Pentagon Jr., La Mascara ou Rush (qui s’affronteront pour devenir le premier Heavyweight Champ) ou bien les noms Indy tels Carlito, Super Crazy, Keith Lee, Brian Cage, Flip Gordon, Willie Mack, Sammy Guevara ou encore les War Machine (Hanson et Raymond Rowe).

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En conclusion, la Crash est actuellement ce qu’il y a de plus shiny au Mexique, mais seulement sur le papier du fait d’un manque d’exposition continue dans les médias. Cette visibilité semble d’ailleurs être un élément indispensable pour la croissance de la compagnie. Même si Konnan est l’adepte des bons plans, son roster est bien fourni et coûte une blinde. Si le proprio de la fed semble avoir les poches pleines, cette situation où le portefeuille d’un homme seul décide de la vie ou mort d’une compagnie est loin de présenter la situation la plus stable.