Mes matchs cultes : Hart Fondation VS Team Austin

Contexte du match : Nous sommes en 1997, une année importante pour Bret Hart. Bret Hart, super héros des enfants, devient heel suite à son légendaire match contre Austin à WrestleMania 13 célèbre pour son double turn. Pour bien se remettre dans la période, il faut savoir que tout opposait Bret et Austin. Bret Hart était le top face avec des valeurs et des principes. Austin le rebel qui ne respectait rien ni personne. Et les fans préfèrent peu à peu Austin, ses mauvaises manières, son irrespect au Superman de la WWF qu’était Bret. Nous assistons alors à un retournement des valeurs. Bret joue parfaitement le rôle du héros rejeté par un peuple qui préfère désormais Austin pourtant détestable en tout point. Bret est tellement dans un rôle de composition que l’on pense même que c’est vrai cette forte déception. Il réalise un turn qui cible le public américain ce qui rend la critique encore plus forte. Son turn est même considéré par certains comme une vérité et non un vrai turn. Bret parle vrai. En face, l’ascension du mauvais garçon Austin semble impossible à arrêter… Bret a vraiment lancé Austin vers les sommets.

 

 

 

Canadian Stampede a lieu à Calgary, Alberta. La famille Hart sont des héros absolus et Bret est adulé alors qu’il est détesté partout aux USA désormais. Il est le top face ultime juste au Canada… Situation exceptionnelle donnant une impression d’inédit lorsque l’on va entendre les fans canadiens à l’opposé des réactions américaines. Un véritable inversement des réactions pour Bret et Austin. Ne pas omettre non plus que les Hart ont participé à la parade locale avant le PPV comme des vrais héros locaux.

 

Autre point de contexte : le Sunny Days incident. HBK et Bret Hart se détestaient à cette époque. HBK révèle publiquement que le Hitman aurait eu une relation adultère avec Sunny… Il en résulte une bagarre et Vince met HBK de côté alors qu’il aurait dû participer à ce combat. On peut même se demander ce qu’aurait fait le public, déjà ultra chaud, si HBK avait été dans la team américaine. Austin n’est-il pas la métaphore backstage de HBK ?? Rappelons enfin que le Montréal Screwjob se situe pas très longtemps après ce IYH. On a donc même rétroactivement un contexte totalement explosif.

https://www.youtube.com/watch?v=bNAxt2ugjOk&t=18s

 

In Your House 16 – 6 juillet 1997 – Calgary, Alberta

 

1- Le déroulement du match

 

Les faces américains rentrent sous les hués. Les entrés individuelles sont extrêmement fortes. Goldust d’abord, Shamrock ensuite, Legion of Doom puis… Le top heel Austin ! Et oui réaction à l’opposé. Steve, en plus, semble aimer ce qui se passe. Puis ce sont les gentils qui viennent. On commence avec Pillman, pas vraiment un Hart mais assimilé. Anvil pour suivre (marié à la sœur de Bret). Sous une ovation le Bristih Bulldog (champion européen à ce moment-là) lui aussi marié à la famille Hart. Idem pour Owen… Jusqu’à l’ovation absolue pour Bret the Hitman Hart. Il donnera ses lunettes à sa maman car une bonne partie de la grande famille Hart est présente dans le public (point important pour la suite). Les deux équipes se font face…

 

Bret face à Austin. Bret est calme. Echange de coups avec une foule en ébullition. Quand Austin reprend la main, directement c’est la broncha et doigt honneurs aux fans. Quand Austin fait un coup de pied en arrière dans les parties intimes il sourit tellement, il profile de la haine du public, on ressent son plaisir. Des changements de lutteurs, jusqu’à que Shamrock, qui débutait, se retrouve face à un Pillman survolté qui lui attaque les yeux et lui crache littéralement au visage… Mais genre il lui fait une facial quoi ! Tu fais ça à Lesnar tu te fais ouvrir le crâne direct… Shamrock est « faible » c’est étonnant. Puis le Sid miniature Pillman lui fait taper le bras au sol bizarrement bref ce lutteur est vraiment un Loose Cannon !

 

On passe à Owen qui prend le relai puis le Bulldog avant le retour du héros Bret. Il arrive à coincer Goldust dans son coin qui se fait lyncher. Arrive ensuite le moment de la blessure d’Owen par Austin dans un coin du ring. Le heel Austin s’acharne sur sa jambe malgré l’intervention d’un frère de la famille dans le public. On évacue Owen. Pillman va montrer ses fesses involontairement ( ?) puis Austin paie pour son action et se retrouve à son tour blesser et évacuer. Qu’est-ce que je trouvais le sharp shooter sur le poteau hot ! Seul moment plus calme car Austin n’est plus là alors qu’il canalise la haine du public. Pillman victimise encore Shamrock sur une table… Incroyable comment le sois disant world’s most dangerous man parait aussi faible.

 

Enfin, un Austin pugnace is back. Il reprend la guerre avec Bret. Mais rapidement, Owen revient aussi ! Austin s’approche trop près de la famille Hart dans le public et se prend un verre balancé dans son dos. Pour se venger, Austin attrape le très âgé Stu…Ca c’est heel. Là c’est trop, les frères Hart sortent et l’attaque en même temps que Bret. Owen finit le job avec un roll up et victoire ! C’est alors le chaos sur le ring. Tout le monde se frappe. Les méchants américains quittent…

 

Sauf le kamikaze Austin qui revient, seul, dans la gueule du loup frapper Neidhart avec une chaise… La scène est géniale car Austin est un badass qui a peur de rien et le déferlement de haine anti Austin pour reprendre une dernière fois. Il se fait défoncer par tout le monde. Il va être menotté en plus. Tel un animal enchainé, il vocifère et donne des coups de pied dans le vide. Pilman, tel un lama, va encore cracher dessus… Austin a pris sacrément cher. Cela ne l’empêchera pas de faire des doigts d’honneur menotté au public…

La fin est une ode aux Hart avec toute la famille sur le ring emmené par l’ancien Stu. Vous verrez même Natalya, Tyson Kidd et Teddy Hart. Dans « Hart of Gold », Natalya indiquera que c’était le dernier moment heureux de la famille toute réunie… Ça rend les images encore plus poignantes quand on connait le destin tragique de beaucoup de ceux sur le ring… Déchirant. Pillman va mourir seulement 3 mois après ce PPV (à seulement 35 ans), Bret va être « screw » peu de temps après et partir à la WCW où il ne sera plus jamais la star qu’il était, Owen aura son tragique accident moins de 2 ans après, le Bulldog ne retrouvera pas de grands moments jusqu’à sa crise cardiaque en 2002. Finalement l’ancien Stu sera parmi ceux qui survivront le plus longtemps (décès en 2003).

 

 

 2-Les forces du match

 

Le match repose sur plusieurs points forts : le public, l’inversement des rôles entre Austin/Bret, la psychologie du match, le storytelling. Tout est rythmé, fluide et on ne voit pas le temps passé.

 

Les grands matchs ont souvent de grands fans. Et c’est le cas ici. Dès les entrées, on ressent que le public est chaud. La haine d’Austin est sidérale, anachronisme incroyable qui alimente l’intérêt du match. De plus, Austin semble prendre plaisir dans son attitude à jouer le sale pourri (attaque d’Owen, attaque finale …). Ça donne même des images cultes qui sont restés comme les doigts d’honneur menotté à la fin. Les « Austin suck » pleuvent et Austin canalise toute l’injustice perçu par le public contre Bret. C’est comme si le public canadien, lui, avaient conservé les vrais valeurs alors que le public américain s’est déshonoré en rejetant le héros Bret. Cet inversement des rôles face/heel est un régal surtout à l’époque.

 

Le sentiment de haine véritable entre les 2 équipes contribue à la réussite aussi. Les lutteurs sont à fond dans leurs rôles à tel point que l’on arrive à douter. Les moindres petites attitudes (les discussions discrètes entre eux, Owen blasé à la fin, Pillman qui se défoule…) donnent ce sentiment de réel. La famille Hart autour de leur leader pour venger de tout ce qui se passe à la WWF. Quand, en plus, on le regarde en pensant au Montréal Screwjob qui arrive, on s’imagine même que les frictions backstages sont déjà bien présentes. Ça rend la chose encore plus vraie sur le ring. Et s’il y avait eu HBK… Mon dieu…

Ensuite, la construction du match est excellente. C’est non-stop et les choses arrivent pour des raisons précises. La plus lisible est la feud à venir entre Owen et Austin qui prend ses racines dans ce match.  L’attaque dans le poteau est le point de fondation de l’opposition à venir. Ensuite, éloigner Owen puis Austin pour les faire revenir contribue à renforcer leur image de dur qui reviennent toujours à la charge. On a beau les blesser, ils reviennent. Owen Hart est d’ailleurs le MVP du match (et d’ailleurs celui qui gagne) selon moi en plus en face ce qui est plutôt rare.  Le « fou » Pillman est aussi incroyable. Le gars est en roue libre, il crache au visage, se comporte comme une hyène tout en étant supporté par le public qui semble aimer cette folie. Peut-être un retour à l’envoyeur pour les mauvais garçons comme Austin ?

 

Enfin, ce match est l’Histoire de la lutte. Comme évoqué c’est le dernier moment de la grande famille Hart porteur de l’ère pré attitude. On voit un dernier momentum pour ces stars du passé. Le changement d’époque, symbolisé par Austin, est porté par la feud Bret/Austin. On assiste à ce basculement, ce changement d’ère, le hard, le trash, l’attitude prennent le pas sur les valeurs, les principes simples (et simplistes) de gentil et de méchant. On ressent la nostalgie d’un temps qui n’est plus. Ce match est parfois « lourd » à regarder avec les éléments contextuels et en connaissant le futur. Mais quoiqu’il en soit c’est historique.

 

 

Ce match est bien entendu à voir. Il est intense, fou et historique. Je me rappelle avoir insulté Austin à l’époque lol, heureux que ce con ait ce qu’il mérite. Alors ça c’était à l’époque. Depuis, j’ai revu plusieurs fois ce combat. Je suis toujours absorbé par le match, j’analyse les détails, le comportement de chacun et la réaction des fans. Mais la mélancolie prédomine désormais. Je suis à la fois triste et heureux de le revoir. Ce match est l’illustration d’un changement d’époque où tout se confronte dedans avec Bret Hart comme acteur principal qui joue son dernier grand rôle face au jeune prodige Austin. Regardez le dernier grand moment de la Hart Fondation, le chant du cygne de cette famille de légende…