Oh nan Sami, pas ça, pas maintenant, pas après tout ce que tu as fait9 min de lecture

Chronique initialement postée le 10 octobre 2017 au moment du heel turn de Sami Zayn à la WWE.

Ouh ouh Sami,
Oh Sami,
Pas ça,
Pas ça Sami,
Pas ça Sami,
Oh nan,
Oh nan pas ça,
Pas aujourd’hui,
Pas maintenant,
Pas après tout ce que tu as fait,

S’il était encore de ce monde et qu’il avait aimé autant la lutte que le foot, c’est surement ce que le regretté Thierry Gilardi aurait dit en voyant Sami Zayn venir en aide à Kevin Owens lors de Hell In A Cell.

Ce que l’on apprécie le plus à la WWE, c’est quand elle nous surprend avec un twist. Dimanche soir ce fut particulièrement efficace et je pense que personne n’avait vu venir l’assistance de Sami Zayn envers sa Némésis de toujours, Kevin Owens.

A partir d’aujourd’hui, l’adepte de musique Ska est donc à classer dans les heels et cela risque d’interpeler, même si cela représente également une opportunité en or pour le lutteur.

Un lutteur au fond du trou

« Monsieur Bryan, est-ce que vous aimeriez toujours autant avoir Cesaro du côté de Smackdown ? », « Oui, mais je voulais Sami Zayn aussi et cela n’a pas marché aussi bien que je le pensais ».

Alors qu’il ne demandait rien, Sami Zayn s’est pris un taquet surprise de son General Manager Daniel Bryan le 21 septembre dernier sur Twitter. Le québécois n’avait d’ailleurs pas particulièrement besoin de cela. Alors que Smackdown, « La Terre des opportunités », paraissait l’endroit idéal pour lui de s’épanouir, Zayn a trouvé le moyen d’y être moins bien utilisé qu’au sein de la plus clinquante Raw.

C’est simple, quand Bryan tient ces paroles, le lutteur originaire de Laval (version Québéc) a complétement disparu des écrans TV. Il fallait même remonter à plus de deux semaines pour le voir à Smackdown et assister à une défaite contre Aiden English. Rrien de particulièrement prestigieux, surtout que l’ex-membre des Vaudevillains l’avait également emporté encore une semaine auparavant. Un back-to-back de la lose en somme.

On semble l’oublier, mais Zayn était vraiment redhot du côté de Raw. Lors du dernier show de la branche rouge avant Wrestlemania 33, il bat Kevin Owens dans No DQ Match. Dans les deux Raw qui ont suivi, il bat successivement Jinder Mahal et The Miz avant d’être envoyé à Smackdown pour tout casser.

Sauf que cela ne se passera pas du tout comme cela. Loin de là. Cela avait pourtant bien commencé au départ. Zayn était dans les gros matchs (certes avec pas mal de monde dedans). Il se permettra même de disposer de Baron Corbin à Backlash en mai avec ensuite une bonne participation au MITB le mois suivant, mais cette date marque le début de la fin pour le québécois.

Celui-ci a en effet « l’honneur » d’être désigné comme le premier rival du nouveau venu Mike Kanellis. Comme tout le monde le sait, la feud s’avérera affligeante et même s’il remporte le match de PPV à Battleground, Zayn ressorti aussi affaibli que son adversaire dorénavant disparu.

L’underdog idéal

Pourtant tout le monde aime Sami. Reconnaissons-le, il sait lutter, être spectaculaire, mettre en valeur ses adversaires et sortir de temps en temps de grands matchs. C’est en quelque sorte une version rousse de Dolph Ziggler.

Sauf que sans que l’on ne sache trop pourquoi, personne ne semble croire en lui du côté de Smackdown et on lui préfère ainsi des Jinder Mahal ou Baron Corbin pour différentes raisons. Il est cependant fort à parier qu’un lutteur comme Shinsuke Nakamura s’éclaterait bien mieux avec Zayn, cela serait l’occasion de se rappeler leur excellente confrontation à Takeover Dallas en mais 2016.

La WWE n’a d’ailleurs pas vraiment de travail à faire avec un Sami Zayn. Il a déjà le soutien des fans, de tous les fans. Contrairement à un John Cena, lui n’est pas clivant. C’est-à-dire qu’il sera autant apprécié des enfants qui aimeront son côté cartoonesque que des adultes conscients de ses capacités dans le ring. Zayn n’est certes pas un monstre physique, mais la WWE avait avec lui l’underdog parfait que tout le monde apprécie lorsqu’il se fait détruire par des Braun Strowman ou Baron Corbin.

Celui qui n’aurait probablement jamais eu sa carrière d’aujourd’hui sans un incroyable concours de circonstance à l’IWS, était pourtant annoncé comme étant l’un des chouchous du big boss Vince McMahon lui-même. Pas devenu philanthrope du jour au lendemain, le grand patron voyait une qualité rare en Zayn: il était d’origine arabe, musulman et et parlait la langue. Il était alors le seul à ce moment-là (avant d’être rejoint par Mojo Rawley) et représentait donc une bonne opportunité de business pour la WWE.

Malgré tout cela, quelque chose s’est apparemment cassée dans la relation entre la compagnie et son lutteur et un changement semblait indispensable.

L’occasion de repartir de zéro

Ce changement, on l’a tous vu dimanche avec ce heel turn inattendu. Sami Zayn, ou El Generico avant lui, a toujours représenté le babyface absolu. Aussi loin que je ne me souvienne, je n’ai pas souvenir de l’avoir vu heel à la ROH ou PWG. Il a cependant déjà dû l’être sur le circuit québécois j’imagine cependant. Bref, Sami Zayn c’est un 100% face et ce turn est un grand saut dans l’inconnu.

En y réfléchissant un peu, on comprend la logique derrière cette décision. Smackdown a pioché à NXT en avril dernier un babyface efficace en la personne de Shinsuke Nakamura. En aout dernier, rebelote avec cette fois-ci l’arrivée de Bobby Roode (même si ok, il était heel à NXT). Quoi qu’il fasse, Smackdown passe son temps à mettre des bâtons dans les roues de Zayn en lui collant dans les pattes des babyfaces tout frais qui vont forcément plus attirer les regards que lui. Si on ajoute l’archi-populaire AJ Styles et le vétéran Randy Orton, l’horizon parait bien obscurci en tant que babyface pour le québécois, donc autant le faire tourner.

Même s’il est loin d’être dit que l’herbe soit plus verte du côté des heels. On sait déjà que Jinder Mahal et Baron Corbin sont des projets de la WWE et vont continuer de squatter les projecteurs à Smackdown. Si les deux sont des heels critiqués par les fans, ce n’est pas du tout le cas de Kevin Owens qui n’aurait aucune raison de laisser sa place en Main Event. Cela parait cependant plus ouvert derrière. Dolph Ziggler semble être destiné à servir de paillasson à tous nouveaux lutteurs arrivants et débutants en midcard. Rusev semble lui au fond du trou suite à toutes ces défaites. Potentiellement, cela laisserait donc une correcte quatrième place en tant que heel à Smackdown à occuper.

Zayn va surtout avoir une plateforme incroyable à exploiter au cours de ces prochaines semaines, c’est le spotlight d’Owens. Tout le monde à en tête le coup de tête qu’il a mis à Vince McMahon himself et l’incroyable HIAC Match qu’il a vu samedi. Tous les fans le vénèrent et limite attendent Smackdown que pour lui (et Styles, ok). Sachant que les autres heels sont Mahal et Corbin que les fans ne peuvent pas voir, être aux côtés d’Owens va faire un bien fou à Zayn.

A la limite, on s’en fout de l’explication qu’il va donner demain soir pour expliquer son turn et son ralliement surprise à son rival de toujours. On le sait que ce genre de storylines génèrent toujours ce genre de justifications un peu bidon, c’est pour ça qu’il ne faut pas en tenir compte. Il faut surtout se rappeler que Zayn et Owens, ou plutôt Steen et Generico, faisaient une équipe terrible à la ROH à l’époque. Le premier sentiment fut de la tristesse en voyant Steen se retourner contre lui en imaginant tout le mal que cela ferait à la division tag de la ROH. Au final les deux lutteurs nous ont sorti une rivalité mythique de l’Indy que personne ne regrette. La WWE aimant réinventer ses lutteurs, cela sera ainsi l’occasion de nous montrer ce que vaut l’association Owens/Zayn made in Stamford.

*****

Cela s’apparente peut-être à de la simplicité. Lorsqu’un personnage face ennui ou qu’il est sous-utilisé aux yeux des fans, ceux-ci crient au heel turn afin d’espérer le voir être sauvé. Nous sommes typiquement dans ce cas pour Sami Zayn qui aura une belle carte à jouer dorénavant en tant que mauvais garçon.

C’est cependant loin d’être gagné d’avance. Tout chez Zayn sonne face, à commencer par son theme song. L’imaginer faire une tête énervée donne d’ailleurs plus envie de sourire que de l’imaginer crédible dans ce rôle. La WWE a donc entrepris un gros challenge avec ce heel turn qui semble être la dernière opportunité pour le québécois de montrer qu’il a vraiment quelque chose à apporter au sein de la compagnie.