Pourquoi Diamond Dallas Page était-il le premier People’s Champion ?8 min de lecture

Chronique écrite par Dallas Pride le 29 janvier 2021

Le 7 février 1994, Michael Jordan, qui va bientôt fêter son trente-et-unième anniversaire, surprend le monde entier en signant un contrat avec les White Sox de Chicago afin de jouer dans une Ligue mineure de Baseball. Désireux de rendre hommage à son père, mort assassiné quelques mois plus tôt et qui rêvait de le voir jouer au Baseball à un niveau professionnel, Michael Jordan se donne afin, mais ses statistiques le poussent à abandonner cette idée. En 2018, du haut de ses trente-et-un ans, le recordman du 100M et du 200M Usain Bolt tenta de se reconvertir dans le football (Soccer), mais sans grand succès.

Dans le milieu du sport, il n’est donc pas simple de passer d’un domaine à un autre, surtout à trente ans passés et ce même lorsque l’on est un athlète de très haut niveau. Alors imaginez qu’un Manager décide de se lancer dans une carrière de lutteur à l’âge de trente-cinq ans ? Sur le papier cela paraît insensé, effarant, voire effrayant. C’est pourtant ce qu’a décidé de faire Page Joseph Falkinburg, dit Diamond Dallas Page en 1991, alors qu’il occupait un poste de Manager et de Commentateur à la WCW.

Les débuts de ce pur produit du Power Plant qui a également pu bénéficier de l’entraînement du très talentueux Jake “The Snake Roberts” ne sont pas très encourageants. Au point qu’il n’est alors utilisé que comme un lutteur de bas de tableau avant de totalement disparaître de la carte.

« Bischoff m’a donné ce boulot car j’étais un bon exemple d’éthique de travail, de passion, car j’étais quelqu’un qui se souciait de l’entreprise. Dès que je n’étais pas booké, je me rendais au Power Plant de la WCW, j’y allais dès que je ne travaillais pas. C’est comme ça que vous vous adaptez à l’adversité. Même quand j’ai commencé à y arriver, j’ai continué à revenir. Jusqu’à ce que je sois sur la route 260 jours par an, et même là, j’allais toujours au Power Plant. Pendant cinq ans, j’y suis allé, c’est le temps qu’il m’a fallu pour arriver au sommet. »
– Diamond Dallas Page.

Cet esprit travailleur lui permet finalement de se faire une carte et de s’imposer comme un solide Midcarder. Rapidement séduit par son charisme et son finisher imprévisible, la foule fait de lui l’un de ses chouchous bien qu’il soit plutôt Heel. En novembre 1996, il participe à un tournoi pour déterminer le nouveau champion des Etats Unis – vacant à ce moment – là – et se hisse jusqu’en finale où il finit par perdre contre Eddie Guerrero à cause d’une intervention du New World Order, alors tout récemment créé. Une quinzaine de jours plus tard, Scott Hall et Kevin Nash, tous les deux anciens équipiers de DDP, lui proposent d’intégrer le NWO en arguant qu’il est très bon, mais qu’ils lui ont montré qu’il valait mieux les avoir avec soi que contre soi. Page fait mine d’accepter, il enfile le t-shirt noir et blanc, alors que Nash commence à célébrer, Hall serre la main du blondinet… qui le surprend avec un Diamond Cutter sortit de nulle part ! Là le public exulte, fou de joie, il scande le nom de DDP qui part faire un bain de foule…

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C’est cet événement historique à l’origine d’une des plus grosses pop de Nitro qui va faire de DDP un Main Eventer et surtout un champion du peuple. DDP est cet homme seul qui s’oppose au NWO lorsque ce dernier parait absolument intouchable. Diamond Dallas Page entame une feud mémorable contre Randy Savage. On pense notamment à ce moment où, déguisé en La Parka, le babyface va surprendre le Macho Man et lui porter son célèbre Finisher. Pendant cette période, il fait de ses taunts de véritables trademarks, comme le “Self High Five” ou le “diamant” qu’il réalise avec ses mains.

« DDP connaissait bien ce milieu, il l’a étudié et savait mieux que personne quel moves pouvait faire réagir le public. »
– Mick Foley.

« Il pouvait porter son Diamond Cutter dans toutes les situations, toutes les circonstances, au terme d’un Fireman’s Carry ou depuis la troisième corde. La foule adorait cela. »
– Steven Richards.

Je ne sais pas revenir sur toute la carrière à la WCW de Diamond Dallas Page tant celle-ci est riche et rocambolesque. Beaucoup de fans se souviennent de sa rivalité pour le titre US avec un Raven alors au sommet de son art, de son association avec Karl Malone pour affronter Dennis Rodman et Hulk Hogan, puis de celle avec Jay Leno pour venir à bout du Hulkster et d’Eric Bischoff. En remportant le World War 3 (sorte d’équivalent du Royal Rumble à la WCW) Diamond Dallas Page s’offre un match de championnat mondial contre Goldberg à Halloween Havoc 1998. Peut-être le meilleur de la carrière de ce bon vieux Bill… alors invaincu ce dernier passe à deux doigts d’essuyer sa première défaite avec un Diamond Cutter outta nowhere porté alors qu’il allait placer son Jackhammer. Ce match est diffusé quelques jours plus tard à Nitro et il permet au show de dépasser Raw en terme d’audience. L’un des derniers succès de ratings de la fédération. Petit à petit le soufflet commence à retomber.

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Comme aujourd’hui le public finit par se lasser du Babyface au cœur pur qui, s’il ne gagne pas toujours comme un John Cena, donne toujours l’impression d’être gentil et honnête. Diamond Dallas Page vient alors Heel, alors que la WCW arrive à bout de souffle et il Turn Heel. Si au départ le Heel Turn n’est pas très convaincant, il prend tout son sens lorsque Page s’allie avec Bam Bam Bigelow et Chris Kanyon pour former les Jersey Triad. Peut-être pas le Trio le plus connu de l’Histoire de la lutte, mais sans doute l’un des plus talentueux de la WCW ! Il revient finalement Face dans les derniers mois de la WCW pour reformer son équipe avec Kevin Nash “The Insiders”… bien que n’ayant plus la même audience qu’autrefois, la WCW se sert beaucoup de cette alliance entre deux anciens ennemis / amis et Face très appréciés du public.

« Ce business (le catch, ndlr) n’a pas tout donné à Diamond Dallas Page, c’est plutôt l’inverse. Il a toujours respecté ce business. Il était légitime et il a mérité chacun de ses spots au sommet. »
– Steven Richards.

Diamond Dallas Page fait partie du dernier Main Event de PPV de l’Histoire de la WCW. Un match assez inégal contre Scott Steiner… son run à la WWE sera un échec total et à mon sens un des plus gros gâchis de l’Histoire. Qui n’aurait pas rêvé de voir DDP contre The Rock ? Ou Steve Austin ? Si DDP n’a été champion qu’en fin de vie de la WCW il a en revanche été avec la nWO ou Goldberg l’un des principaux acteurs de son succès dans la seconde moitié des années 1990. Page avait une alchimie incroyable avec le public. Il avait cela de particulier que malgré son charisme dingue et sa dégaine, il donnait l’impression de pouvoir être n’importe qui…

Depuis DDP est toujours un « People Champ » ou en tout cas c’est un héros. Comme vous le savez c’est aujourd’hui un expert en Yoga et ses techniques ont fait un grand bien à un tas de légendes qui pour des raisons assez variées étaient dans des états catastrophiques. C’est lui qui a accompagné Dustin Rhodes après sa période Black Reign alors qu’il était obèse et accroc aux antidouleurs, il a permis à Jake « The Snake » Roberts, l’un de ses mentors, de vaincre la drogue et l’alcool pour retrouver une forme correcte et pouvoir se déplacer normalement. Il a aussi aidé Lex Luger à se lever et à se déplacer normalement après son grave accident… bref DDP est un vrai champion.