Que penser de ce House of Horrors Match ?10 min de lecture

Cette chronique avait été écrite le 3 mai 2017 juste après le PPV Payback.

Voilà c’est passé. Dimanche, nous avons enfin vu qu’était ce fameux House of Horrors Match qui nous intriguait tous depuis presque un mois déjà. Que penser au final de ce que nous avons vu ?

La comparaison avec les Final Deletion Matchs est inévitable et le ressenti des fans est d’ailleurs le même, à base de « Ça va être pourri, mais j’ai quand même hâte de voir ce qu’ils vont faire et jusqu’à où ils vont aller ». Résultat une fois que l’on a vu le match « Yep, c’était bien pourri ».

C’était quand même difficilement défendable

C’est de bon ton d’avoir ce discours-là et il est particulièrement rare d’ailleurs de trouver de bons échos de ce genre de matchs. Tout fait toujours cheat, que ce soit la réalisation, la décoration intérieure et l’ambiance voulue avec notamment les souffleuses de brouillard que l’on devinait cachée à chaque intersection ne se trouvant pas dans le champ de la caméra.

Même si le brawl entre Randy Orton et Bray Wyatt était long et peu folichon, avec 10 minutes d’échanges de coups de poings, la WWE ne s’est pas particulièrement montrée inspirée dans ses choix. La maison vue de l’extérieure avait une bonne tête, avec la nuit, la décoration, elle avait l’air peu rassurant escompté. Par contre l’intérieur, ce n’était pas possible. Les pièces étaient bien trop étroites pour ce que la WWE voulait faire, limitant probablement les mouvements des deux lutteurs. Le pire ayant été atteint avec la cuisine minuscule qui a contraint Orton et Wyatt a un corps à corps un peu grotesque.

La fin de la partie préenregistrée est également un peu malaisante avec Wyatt qui crache ses poumons de manière dégueulasse tout le long de sa sortie. Voir Wyatt se taper une barre en faisant passer les néons de la maison de la couleur bleue à rouge était également mal réalisé. Rassurez-moi, je n’ai pas été le seul à ne pas immédiatement comprendre la signification de cette symbolique ? Cela n’est bien qu’après que j’ai compris qu’ok, le rouge ça doit vouloir dire que la maison est dorénavant fermée à double tour et qu’Orton ne pourra donc jamais en sortir. Par contre pourquoi montrer des images de poupées ou de rocking-chair bougeant pour appuyer ce point ? Quel pourrait être le rapport ?

La WWE s’est également tirée une balle dans le pied en annonçant que la House of Horrors serait un match. Ok, donc Orton est piégé et Wyatt arrive en limo, va sur le ring, et ? Qu’est-ce qu’il se passe ? On considère que le premier arrivé sur le ring gagne ? Un arbitre vient et fait un compte de 10 ? On attend jusqu’à quand pour donner la victoire à Wyatt ?

La WWE a eu raison de tenter ce pari

Tout n’est cependant pas à jeter à la poubelle. Il faut reconnaitre que la WWE a eu le courage de sortir de ce qu’elle propose d’habitude. Tout le monde a trouvé badass la vidéo d’Orton mettant le feu au repère de Wyatt -qui a combien de propriétés au juste ?-, même si on ne pige jamais trop ce qu’est la Sister Abigail, la maison ou une vraie personne enterrée sous la maison ? La WWE nous avait ensuite achevé en faisant dire à Wyatt « Hahaha, ton action a permis de renforcer Sister Abigail qui m’a donné ses pouvoirs et m’a rendu encore plus fort ». Hein ???? Le dernier clou dans le cercueil fut ce match dégueulasse de Wrestlemania avec l’entrée d’Orton suivi d’un spermatozoïde géant, un match tout pourri et des images cheloues affichées sur le ring dont au final personne ne sait trop si elles étaient là pour perturber Wyatt ou au contraire lui donner de la force.

La WWE a entendu les échos négatifs de ce match et a compris. Plus jamais. Du coup, machine arrière, on retourne à la vidéo d’Orton, on garde l’atmosphère mais on ajoute un élément faisant sens avec la storyline, go pour la maison. Cela reste plutôt bien vue de la part WWE. Cette rivalité aux relents mystiques ne peut pas se terminer tout connement avec un simple match. Il fallait faire preuve d’originalité et c’est ce qu’a parfaitement fait la WWE avec cette stipulation inédite à la hauteur des attentes des fans.

La réalisation n’est par ailleurs pas si pourrie que cela. L’avant entrée dans la maison d’Orton est magique. Son selling d’incompréhension en voyant le tracteur passer devant lui est magique. Le sentiment de malaise d’Orton face à cette maison, le poussant d’ailleurs à faire le tour afin de trouver des repères (et tâter de la poutre) était bien exprimé. Le tout avec enfin la vue de Bray Wyatt qui entre dans le champ de la caméra et se tourne vers Orton en guise de défi. Alors qu’il paraissait apeuré, c’est bizarrement cette vision de l’ennemi qui a semblé redonner confiance à Orton, caractérisé par sa volonté d’entrer au plus vite dans la maison qui lui faisait jusque-là peur. Honnêtement, cette partie pre-fight est du grand art et le fan que je suis est hypé à mort par cette mise en scène.

J’ai lu que plusieurs commentaires soulignaient que l’ambiance dark ne collait pas du tout avec le fait que pour avoir ces images, cela voulait donc dire qu’il y avait au moins un caméraman à l’intérieur de la maison, filmant à deux mètres de lui les deux types se tapant sur la gueule. Visiblement, songer-cela a gâché pour certains l’appréciation de ce segment. A la place, ils auraient préféré que l’action soit retransmise par des caméras de surveillance. Mais là, cela aurait été vraiment dégueulasse. Déjà que le brawl était chiant, si en plus il est montré en hauteur et loin de l’action, cela aurait été juste abominable. Non, vraiment on peut tout reprocher à ce match/segment, mais pas la qualité des images.

On n’est jamais content

Par nature, le fan de lutte est ingrat. Il attend toujours monts et merveilles et il ne sera presque jamais satisfait, peu importe les efforts consentis. Il faut parfois perdre cet esprit critique et simplement profiter de ce que l’on nous donne, en particulier quand cela a le mérite sortir des sentiers battus. On venait déjà de se taper deux heures d’actions dans le ring ponctuées entre les matchs de pubs pour le WWE Network ou de la diffusion de la vignette de Shinsuke Nakamura pour Backlash. Casser cette redondance était une délivrance.

Et puis qu’est-ce que l’on attendait au juste ? McMahon c’est les WWE Studios, pas la Paramount. Ils n’allaient pas nous faire un match vraiment flippant, gore ou stressant comme s’ils s’agissaient des plus grandes sociétés de production cinématographiques. Ce n’est pas parce que l’action ne se déroule pas dans le ring que la WWE doit également sortir du PG.

Donc oui, cela peut être jugé décevant ou cheap. On peut même dire que c’était fortement inspiré de la Lucha Underground, plus même que de Final Deletion. La principale différence entre les deux étant que la compagnie californienne a systématiquement recours à la musique qui convient lors ce qu’elle filme ses vignettes, ce que l’on a retrouvé lors du House of Horrors Match avec le bruit des criquets, celui de bébés, les « runs » de Wyatt et son rire. Niveau détails, j’ai également aimé le « We’re Here » et le « Follow The Buzzard » écrit sur la crasse du frigo.

Nous sommes dans une époque où le consommateur se lasse très vite. Les lutteurs vétérans le soulignent très souvent lorsqu’ils évoquent le fait que les feuds ne peuvent plus durer aussi longtemps qu’avant parce que les fans s’ennuient plus vite. La WWE se doit donc de piquer la curiosité de ses fans et elle a ici eu une occasion idéale qu’elle su parfaitement exploiter. Qu’on l’ait aimé ou non, à l’image de Final Deletion, ce match est entré dans l’histoire et on s’en souviendra encore dans plusieurs années. Je suis également sur qu’il fera partie de ceux que l’on regarde, plutôt que certains matchs annoncés comme des « classiques ». L’incohérence a (en partie) tué la WCW. Là tout a parfaitement été exécuté avec un ultime match qui se devait marquant et dont la symbolique de la maison faisait tout à fait sens.

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Pour tout cela, j’espère que la WWE fera ce qui est souvent reproché à Vince McMahon, à savoir ne pas écouter les retours des fans, et qu’elle continuera dans cette voie visant à surprendre et stimuler l’attente des fans.

Elle a avec Bray Wyatt un personnage idéal pour se lâcher et nous proposer un produit différent qui ne se limiterait pas qu’au ring. J’espère donc qu’elle va continuer dans cette voie et que l’année prochaine, elle exploitera à nouveau l’univers de Wyatt comme elle avait commencé à le faire avec l’opposition entre les New Day et la Wyatt Family l’an passé.