Quel est l’objectif de la WWE ?8 min de lecture

Chronique écrite par Darkside le 30 aout 2021

La WWE interroge voir inquiète les fans. Les licenciements, parfois irrationnels, se multiplient, la NXT semble vouée à disparaître, plus de lutteurs indépendants, des story non construites sur la durée… Et pourtant des résultats record, des dividendes attractifs avec une stratégie financière « efficace ». La compagnie de Stamford a affiché un Chiffre d’Affaires (revenu) record pour 2020 avec 974 millions de dollars (en augmentation par rapport à 2019 à 960 millions).

Alors où va la WWE ? On voir poindre une vision court terme de plus en plus assumée et des fans de plus en plus déboussolés face à celle-ci.

1-Masse salariale allégée : de trop ?

Au début des vagues de licenciement, on pouvait penser à un assainissement des rosters.

La charge principale, comptablement, d’une entreprise de service reste sa masse salariale. Laisser déraper ces dépenses revient à se condamner. Ainsi, vouloir maitriser le poids des charges sa salariale est sain en soin. Il ne faut pas embaucher à tout va (la AEW va devoir faire attention désormais) et se retrouver déborder par le nombre de lutteur inexploité mais qui coûte en salaire. Ce genre de propos peut se tenir si la WWE licencie des lutteurs ou personnels non utiles, non rentables. Le licenciement d’un Ari Sterling, par exemple, n’est pas un problème vu qu’il est inconnu du grand public et la WWE n’a pas misé dessus. Licencier un arbitre comme Stephon Smith n’est pas un métier très visible non plus et ne porte pas préjudice à la WWE. Jusque-là ça reste une gestion cohérente mais…

Là où l’incompréhension débute c’est quand la WWE vire des grands noms ou des vendeurs ou des jeunes pousses prometteurs. Licencier des grands noms est un risque vis à vis à de la concurrence (ex : Ric Flair), licencier des lutteurs vendeurs (ex : Wyatt, Bryan) ou sur lequel vous avez investie des mises en avant/du temps/spotlights (ex : Strowman, Lana) revient à perdre de l’argent long terme et l’ensemble des cas précitées représentes des grosses économies (car des gros salaires) court terme. Vous diminuez beaucoup les charges alors que la baisse des produits sera plus visible sur le long terme. Le résultat court terme monte lui. Pire encore : virer vos « investissements » long terme donc les porteurs de valeur de demain soit les « jeunes » lutteurs. Là ça revient à condamner votre future pour afficher une économie rapide, court terme encore.

La WWE ne souhaite pas assainir ses équipes mais vraiment faire de l’affichage financier rapide avec des grosses économies de charges.

2-Les gros contrats : beaucoup de résultat !

La stratégie d’une baisse rapide des charges se couple avec une stratégie de hausses rapides des produits depuis quelques années.

Les contrats télés ont permis à la WWE d’afficher des résultats record. Et là aussi on voit que le but était de décrocher le contrat mais pas nécessairement de miser sur la relation long terme. Le contrat avec la FOX en 2019 a été la 1ere étape la plus perceptible. On encaisse rapidement des rentrées financières mais la FOX et NBC ne sont pas des « jambons ». Ils se sont inquiétés récemment surtout avec les renvois de Wyatt et Bryan sur la stratégie de la WWE. Ce sont eux aussi des grandes entreprises et ils se rendent bien compte que l’objectif de la WWE n’est pas nécessairement long terme… Le fameux contrat avec l’Arabie Saoudite (ne pas oublier l’Inde dont on parle moins !) est lui le plus palpable de tous. Difficile de ne pas voir les fameux pétrodollars derrière la manœuvre. Pour rappel, WWE Crown Jewel a rapporté 25 millions de dollars mais le contrat global, lui, représente 75 millions de dollars sur 10 ans. En matière de rentabilité c’est, de plus, beaucoup plus intéressant qu’un Wrestlemania qui demande un investissement énorme contrairement aux PPV en Arabie Saoudite. Ce contrat est la partie visible de l’iceberg.

L’EBITDA (appelé aussi OIBDA à la WWE), en gros le résultat économique (hors financier et exceptionnel), illustre encore mieux le chemin parcourus que le revenu/CA (qui est juste les ventes). En 2015, la WWE a réalisé un EBITDA de seulement 69 millions de dollars. En 2020… plus de 286 millions de dollars … Édifiant. C’est une performance.
Le CA, lui, n’ayant pas quintuplé c’est la rentabilité de l’entreprise qui a performé (merci la baisse des charges sociales). Economiquement parlant c’est « beau ». La hausse c’est même accentuée entre 2019 et 2020 (cf. les schémas ci-dessus). Il est indéniable que la WWE est devenu très attractive financièrement parlant…

Les chiffres sont là et attestent de la réalité économique de l’entreprise WWE. Et ces données ne s’adressent pas aux fans c’est clair… tout comme le programme WWE lui ne s’adresse pas aux investisseurs.

3-Les story et constructions de lutteurs confirment.

Les critiques des fans n’en finissent plus sur le produit WWE.

On ne reviendra pas en détail sur la volonté de ne pas construire de story, gimmick, personnages sur le long terme. C’est tellement assumé qu’on ne peut plus nier que la WWE joue juste des gros coups court terme (Summerslam 2021 l’a admirablement démontré). Grosso modo, la WWE nous dit à nous, fans, l’avenir on s’en fout. On mise sur quelques années uniquement à grand renfort de Cena, Lesnar, Goldberg et de quelques produits phares que nous avons type Reigns, Becky, Charlotte, Drew. On pourrait même miser sur un roster de 10/20 lutteurs maximum ca suffirait ! Les investisseurs et/ou acheteurs potentiels eux ne regardent pas les shows de la WWE. Tout au plus pour « s’instruire, ils regarderont un PPV majeur où on aura mis le paquet sur les vieux/grands noms. Par contre, on veut tenir les fans un peu au moins jusqu’à… la vente.

La logique de la WWE n’est plus de créer l’Austin de demain mais de faire revenir Austin dans un PPV. La mutation s’est opérée autour des années 2016/2017. Une décision a certainement été prise pendant cette période-là et depuis les actions sont mises en place pour la réaliser. Il est évident que la stratégie de rendre plus belle la mariée est la stratégie pour une vente classique d’entreprise. Elle consiste en 5 étapes que la WWE à minutieusement cochée : développement du chiffre d’affaires, réduction des coûts opérationnels, maximisation de la trésorerie, réduction des risques et clarification du management et de l’organisation. C’est presque un cas d’école tellement ca bien été fait. Ne pas vendre serait complètement et irrémédiablement incompréhensible !

La volonté de la WWE est de construire les shows sur des actions one shot, sur des anciens, sur le faire parler pour le grand public, éviter les scandales type sang/violence etc. Elle veut avoir une image bonne, propre et lisse. Et le tout pour une stratégie court ou moyen terme.

Les stipulations sur une vente de la WWE se multiplient et il n’y a pas de fumée sans feu. Si cela devient de plus en plus visible, voir semi assumée, c’est que les résultats (dans tous les sens du terme) sont là. La WWE n’a jamais été aussi intéressante à vendre.

D’ailleurs, tous ont déjà réalisés des petites ventes d’actions : en septembre 2020 Stéphanie Mc Mahon a vendu 57 573 actions, Triple H a vendu 45 3388 actions puis 7 419 actions en aout 2020, en juillet 2020 Vince et autres avaient déjà cédés bon nombre d’actions. Shane a lui disparut de la liste des actionnaires depuis longtemps. On peut se demander si la fin de l’ère Mc Mahon n’est-elle pas déjà actée. Bientôt une « WWE made in Disney » ??